Pour une fois il ne pleuvait pas.
Mais le moral, lui, ne s’était pas amélioré.
Robert avait dû mettre un terme à ses rêves de conquête du monde lorsqu’il s’était rendu compte que ses bourses étaient aussi plates que la côte de popularité du gouvernement.
Bref, il se faisait toujours chié à garder sa porte…
Quoique, ce jour là semblait devoir être plus intéressant qu’à l’accoutumée.
En effet, depuis presque deux heures, un grand nombre de nains s’étaient regroupé sur l’espace plat s’étendant devant la sortie de la forteresse et semblaient depuis mener une activité aussi frénétique qu’incompréhensible pour l’habituel gardien des lieux.
« Mais qu’est ce qu’ils branlent… »
Robert était extrêmement perplexe devant les activités menées par les nains, activités qui allaient de la fabrication de pancartes à la répétition de chansons dont AUCUNE ne parlaient d’or, mais n’osait pour le moment pas apostropher un des nombreux nains présents pour lui demander la raison de ce barouffe de peur de passer pour une grosse buse.
Petit à petit, l’agitation se ralentit alors que le groupe apportait visiblement les dernières touches à leur étrange manège. Puis ils resserrent les rangs avant d’entonner en cœur :
« NON ! NON ! ON DIT NON ! NON ! NON ! ON DIT NON ! »
Et au son de ce doux beuglement la troupe se mit en marche vers les portes de la forteresse.
Pour se heurter à un Robert qui, après avoir résisté à l’envie de courir se réfugier dans sa guérite, faisait vaillamment face à la vingtaines de personnes agglutinés.
D’autant plus vaillamment du fait que ses phalanges blanchissaient actuellement sur le manche de sa hache d’arme alors que celles de la foule ne tenaient rien de plus dangereux qu’une pancarte marquée d’un NON en lettre capitale.
« Et vous croyez aller où là bordel ? »
Rapidement les voix se turent, sauf une évidemment qui continua de hurler NON à tue tête jusqu’à ce que finalement tout le monde se retourne pour lui jeter un coup d’œil noir (Il est intéressant de noter que l’une des situations méchamment honteuses les plus courantes est bien d’être le seul à continuer de faire du bruit quand tout le monde s’arrête. Mais si, il vous est sûrement arrivé de continuer à applaudir alors que tout le monde avait arrêté. Bien sur, cette honte n’est rien comparée à celle de tenter d’initier le mouvement sans être suivi. Et surtout comparé au fait de lâcher un vent dans un lieu public au moment où le brouhaha des conversations s’éteint. Mais je m’égare légèrement là… Non, tu crois ? Si si, je te jure).
Une fois le calme revenu, la foule fit à nouveau face à Robert qui, en bon gardien de porte, ne bougea pas d’un cheveu.
« Allez vas-y toi… »
« Non, dis’y toi… »
« Ouais comment tu te dégonfles… »
« Va chier, c’est toi qui te dégonfle ! »
Le conciliabule s’interrompit brusquement (heureusement d’ailleurs, car j’arrivais en panne d’inspiration. 4 lignes de dialogues, je m’améliore !) quand un nain fit un pas en avant, visiblement suite à une bonne bourrade appliqué par un de ses congénères entre ses deux omoplates.
« Heu…. Bah on rentre… » Visiblement hésitant, le pauvre bougre se retourna vers ses compagnons qui lui retournèrent moult signes d’encouragements et de félicitations.
Apparemment plus sur de lui, le nain reprit :
« On rentre dans la forteresse ! »
Et tous les autres d’hurler en cœur : « OUI !! Enfin NON ! NON ! ON DIT NON ! »
La situation prenait un tour qui dépassait clairement les maigres compétences de Robert.
« Et vous dites non à quoi ? »
Le nain fraîchement élu délégué syndical parut proprement sidéré.
« Comment ?! Vous n’êtes pas au courant !? »
« J’ai l’air au courant ? Arrêtes de prendre des grands airs et dis moi ce qu’il se passe… »
« Hé bien le chef est pour les Ropes ! »
Il parait importun à ce moment du récit, du moins importun uniquement pour l’auteur car il est fort probable qu’une immense majorité du lectorat (ma femme) auront perdu définitivement le fil sans espoir de retour, de préciser que les Ropes sont le clan occupant la forteresse voisine. Le hasard fait bien les choses, surtout quand le hasard c’est moi.
Reprenons.
« Et ? »
« Et c’est la catastrophe !! »
« Pourquoi ? »
La question de Robert sembla jeter un léger embarra sur le groupe. _ Puis un petit barbu (ouais je sais, super description, mais là j’ai pas envi de leur donner des noms et je vais quand même pas me faire chier à décrire un personnage qui n’a pas de nom…) balança plein de conviction :
« Il va leur ouvrir les portes de notre forteresse ! »
« Ouais et c’est déjà le cas non ? Si je me trompe pas, lui là bas c’est un Rope. Et y vient de la forteresse… »
Tout le monde se retourna pour dévisager le coupable qui passa au rouge vif tel le caméléon en rut faisant sa parade nuptiale sur… heu… quelque chose de vachement rouge.
« Maiheu… Moi je voulais pas être rope mais c’est ma maman et mon papa qui m’ont forcé… »
Décidé à ne pas laisser ce léger contre temps foutre en l’air son argumentaire, le petit barbu reprit :
« Et ils vont piquer nos jobs ! Tu feras moins le malin quand un Rope t’aura piqué ta place ! »
Robert regarda pensivement sa guitoune, puis le triste paysage qui s’étendait à ses pieds.
Puis, avec une note d’espoir émouvante dans la voix, il demanda :
« C’est vrai ? Ils feraient çà pour moi ? »
« Ouais, en fait peut-être pas ton job… Mais les autres c’est sur ! Allez, laisses nous passer ! »
La déception était amère.
« Non ».
« Allez, s’te plait ! »
« Vous ne passerez pas ! » (le « Fuiez, pauvres fous » va être plus chaud à caser…)
« Fais pas ta teupu ! On vient de loin ! »
« Et quand bien même, si je vous laisses passer, vous allez gueuler non pendant des heures dans la forteresse et çà va changer quoi ? »
« Bah au moins de le chef sera que c’est un con ! C’est même le roi des cons ! »
« Haaa… Je comprends mieux… »
« Quoi ? »
« Le chef est ton roi pas vrai ? »
« Ouais »
« Et tu es son vassale forcement »
« Ouais »
« Donc si c’est le roi des cons, techniquement on peut considérer que en vous êtes aussi. »
« … Bah non ! Si on était con on se rendrait pas compte qu’il l’est lui… Logique un peu… »
« Mouais, si on veux… Je ne peux donc pas vous laisser rentrer. »
« Pourquoi ? »
« Je laisse pas rentrer les étrangers. C’est une forteresse de cons ici. Y’a que le rope qui peut rentrer, c’est le seul qui fait natif du coup. »
« Mais bordel, on est encore libre d’aller et venir quand même ! »
« Et tu te crois où ?! En démocratie ! Allez casses toi pov’con avant que je te taille les oreilles façon kebab ! »
Robert regarda les nains se disperser.
« Ils croient quoi ces connards… De toute façon la démocratie c’est pour les cons… »