L’inspection ne s’était somme toute pas trop mal passée.
Il y avait eu un léger flottement dans les rangs lorsque le pagne de Demimol lui était tombé sur les chevilles, mais le Commandeur avait su gérer la crise brillamment : il avait totalement ignoré l’incident pour continuer son inspection comme si de rien n’était.
Fort heureusement, personne n’avait osé lui faire remarquer qu’il se baladait les joyeuses à l’air, pas même son idiot de second.
Tout juste ressentit il un léger malaise, accentué par le fait qu’il commençait à sérieusement se geler les miches, en montant sur l’estrade d’où il devait prononcer un discours de bienvenu aux nouveaux capitaines dirigeant sa flotte.
Il balaya rapidement cette gène en descendant d’un trait une bouteille de whisky neptunien, avant de finalement s’intéresser à la masse de visages levés vers lui.
Bordel, ils sont vraiment nombreux... Et je connais pas un seul de ces connards...
Le silence prolongé de leur chef, ainsi que son absolue nudité il faut bien le dire, commença à rendre les hommes présent légèrement nerveux. Ils échangèrent des regards pour le moins perplexes.
S’agit de pas foirer mon discours et de les accrocher tout de suite avec une phrase choc. La première impression est souvent la dernière, faut que ces petits cons me mangent dans la main...
Si la phase de réflexion de Demimol lui parut assez courte, grâce à l’ingestion massive d’alcool, je peux vous jurer que les 5 minutes que passèrent la centaine de généraux présent qui, eux, n’avaient pas bu une goute, à contempler un exhibitionniste se prétendant leur Commandeur entrain de marmonner sur une estrade dans le plus simple appareil furent probablement les plus longues de leur vie.
Finalement Demimol parut trouver l’illumination. Il releva la tête, prit une profonde inspiration, leva son verre alors qu’une centaine de paire d’oreille se tendaient à l’affut des premiers propos qu’allait leur adresser leur étrange général, et gueula :
- Alors les tarlouzes, on tient pas l’alcool ?!
Avant de tomber à la renverse comme une masse et de s’endormir dans la foulée.
Un silence gêné s’installa dans la salle.
Puis les capitaines sortirent un à un alors que les ronflements tonitruant de Demimol commençaient à s’élever de l’estrade.